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Zazie - Belgique

"Intolérances à la frustration" - Comment l'enfant peut-il supporter le manque ?

Avec Nicole Borie, psychanalyste, membre de l'ECF

Samedi 28 mars de 10h à 12h et de 13h30 à 15h30

Argument

« Intolérances à la frustration »

Comment l’enfant peut-il supporter le manque ?

 

« Il fait des crises quand il n’a pas ce qu’il veut », « il ne supporte pas la frustration », « il veut tout, tout de suite », « il ne sait pas partager », « il prend les objets des autres » ! Ces plaintes récurrentes des parents ou des éducateurs ne témoignent-elles pas de la difficulté à se positionner face à l’enfant et de la crainte de le contrarier ? Il est vrai que le champ de la psycho-pédagogie est envahi par le discours de l’éducation dite positive dont il est difficile parfois de se départir.

Ce discours n’est pas sans effets sur les réponses des enfants, mais aussi sur le lien social actuel. 

Mais qu’entend-on nous, par « frustration » ? Nous pouvons éclairer notre propos en nous référant à l’enseignement de Lacan.         

Lacan aborde la frustration sous un autre versant. Il la situe comme le vrai centre de la relation mère-enfant pour l’extraire de la peu dynamique relation satisfaction/frustration des enfants capricieux qui n’obtiennent pas de leur mère ce qu’ils réclament. La frustration ne se joue pas sur ce plan mais se joue, dit-il, entre amour et jouissance.

En effet, « la demande d’être nourri dès qu’elle est véhiculée par le langage et adressée à un autre, vise autre chose que la simple satisfaction d’un besoin [1]. » En instaurant la frustration non pas comme celle d’un objet qui manquerait mais comme frustration d’amour, Lacan indique l’exigence propre de l’amour chez le petit d’homme qui n’est pas l’exigence du besoin mais l’exigence du signe d’amour.

L’objet dont Lacan s’occupe, c’est l’objet qui manque chez la mère et chez l’enfant. Il pose la question de comment l’objet du manque s’inscrit dans la relation à l’Autre, et en particulier avec la mère. En effet, il s’agit de la mère « en tant que ses soins portent la marque d’un intérêt particularisé, le fût-il par la voie de ses propres manques. [2] » Il renvoie ainsi « Le désir de la mère […] en tant que femme [3] », ce qui fait d’elle un être de manque.

Comment l’enfant va-t-il supporter cette confrontation fondamentale à un manque d’objet ? Comment entre-t-il en jeu dans ce rapport au manque de la mère ? Et quelle est la fonction de l’enfant pour la mère par rapport au phallus qui est l’objet de son désir ?

Que se passe-t-il si la mère ne peut offrir son manque, c’est-à-dire, désirer en dehors de son enfant ?

Si la mère, outre l’objet du besoin, ne donne pas ce qu’elle n’a pas, l’enfant peut être frustré et se rabattre sur la satisfaction de l’objet réel. Lacan dit que « toute frustration de la satisfaction symbolique, toute frustration d’amour chez l’enfant est compensée par une satisfaction réelle mais c’est un « pis-aller ». [4] » L’enfant est donc frustré de la réponse à la demande d’amour.

Cette demande d’amour, Lacan s’y est intéressé sous la forme du don, et puisqu’elle ne sera jamais satisfaite, cela renvoie à la question de ce qui cause le désir.

Dans un monde de prolifération d’objets « gadgets » qui leurrent, les objets du commerce sont partout pour combler le manque et répondre aux besoins supposés. Mais, le désir est trompé par la consommation qui vient faire bouchon sur celui-ci. « Nous, dans la psychanalyse, nous devons fabriquer autre chose, autre chose qui fasse de l'effet sur la façon dont le sujet vit la pulsion au-delà de ce qu'il en perçoit. [5] »

Lors de la matinée clinique Zazie, nous nous enseignerons, au travers des cas cliniques, des solutions, trouvailles et inventions des enfants face à la confrontation au manque d’objet.

L’après-midi, nous entendrons Nicole Borie, psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne, nous transmettre ses élaborations autour d’une orientation qui fait une place singulière à l’inconscient de l’enfant et au traitement d’objets.

Marie Bruwier

Pour Zazie-Belgique


[1] Gorini L., « Manger, la pulsion orale chez l’enfant », Argument vers la 9ème journée de l’Institut psychanalytique de l’enfant, disponible sur internet.

[2] Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 373.

[3] Miller J.-A., « La relation d’objet I », Présentation du Séminaire IV, La Lettre mensuelle, n°128, avril 1994, p. 15.

[4] Miller J.-A., « La logique de la cure du petit Hans selon Lacan », La Cause freudienne, n° 69, 2008, p. 106.

[5] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. La question de Madrid », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, cours du 23 janvier 1991, inédit.