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Séminaire Dire de l’Art

Séminaire « Le dire de l’art »

7 mardis sur l'année académqiue de 20h à 21h30

Le 16 janvier : 4ème séance

Gérard Wajcman sera l'invité du prochain séminaire "Dire de l'art" mardi 16 janvier. Il parlera de l'expo Lacan. (au Centre Pompidou-Metz, jusqu'au 27/5/24).


Pour l'annonce de cette soirée, nous avons choisi cet extrait de sa préface au catalogue de l'expo:   


"Dans "Lacan, l'exposition ", il s'agit non de raconter un siècle de vie de Jacques Lacan, mais de raconter Lacan par le siècle. 

C'est l'enjeu contemporain, ce qu'il y a de vivant. 
La présence de Lacan dans le siècle impose la présence de Lacan au musée. Si Lacan a pu défendre que la psychanalyse était contemporaine de la science comme moderne, il s'agit de mettre au jour une autre solidarité et une autre contemporanéité avec l'art (...). 


Une autre raison forte appelle l'exposition: c'est qu'à la croisée de la philosophie contemporaine et de l'histoire de l'art ancien, Lacan a forgé une théorie du regard, la plus puissante qui soit; Au point de faire du regard un objet, un objet fondamental, déclarant que le sujet, le spectateur du monde, le sujet voyant est d'abord un être regardé. Y compris par les oeuvres d'art elles-mêmes - envisagées structurées comme un oeil, avec un trou au centre."

Le 19 décembre : 3ème séance

André Cadere (1934- 1978) est un artiste roumain exilé en France en 1967.

La récente exposition André Cadere  Expanding Art à la Fondation CAB, ainsi que la publication de ses Lettres sur un travail (Paris, JBE, 2023), lettres écrites depuis son lit d'hopital au cours du dernier mois de sa vie, ont remis en lumière cette figure essentielle de la vie artistique contemporaine.

Echappant à toute chapelle, hors de toute structure institutionnalisée ou marchande du monde de l'art, il traverse la scène artistique tel un singulier météore durant une décennie.

A la manière d'un Diogène moderne, il arpente les rues de Paris, New-York, Venise, Turin ou Bruxelles, armé de sa barre de bois rond (composée de segments peints) à l'épaule, qu'il dépose, le plus souvent sans y être invité, dans des lieux divers (magasins, galeries, musées) ou aussi bien dans le métro.

Aucun romantisme dans la pratique pourtant si délibérément nomade de de Cadere. À bien des égards, sa démarche est ascétique, même si elle se conjugue avec la plus grande liberté quant à la présentation de son travail.
De quoi s’agit-il donc dans ce travail ? En définitive d’écriture : « Je suis étonné par le rapport entre une barre de bois rond et le langage », écrit-il. Cette barre de bois rond, toute visuelle qu’elle soit, a son vocabulaire et sa syntaxe, et l’écriture « devient essentielle pour un travail qui, lui, est à regarder. »

Le 21 novembre : 2ème séance

Bruce Nauman

Voici ce qu’écrit de lui notre collègue Gérard Wajcman dans « L’œil Absolu » : « Si on veut aujourd’hui un peu de pensée aigüe, critique ou de combat, on ne peut mieux faire que d’en appeler à Bruce Nauman. Un artiste. Américain. Grand artiste de notre temps. Ce qu’on doit entendre des deux façons possibles: un des plus importants parmi les artistes d’aujourd’hui; et notre temps est l’objet de son art…. Je tiens de toute façon cet artiste pour le plus grand révélateur du nouveau malaise dans la civilisation. Y.A.T.U.O.D.B.N.A.A.L.S. Autrement dit, Y a toujours une oeuvre de Bruce Nauman adaptée à la situation. »

Ce qui singularise bon nombre d’oeuvres de Bruce Nauman, c’est que l’intensité et la puissance qu’elles dégagent ne se mesurent pas immédiatement au niveau de l’oeuvre elle-même, mais dans l’impact, l’incidence, qu’elles ont sur le spectateur. L’oeuvre n’a de valeur que par l’effet qu’elle produit. C’est le coup de batte dans le visage, l’équivalent du coup de bâton du maître Zen ou de l’impact d’une interprétation réussie en analyse. S’il n’y a pas ce choc, ce coup de batte, l’oeuvre (ou l’interprétation) devient moins intéressante.

Un exemple : « Pay attention motherfuckers ». Cette oeuvre, une lithographie de 1973, illustre la visée de Bruce Nauman, de concerner, si pas de décontenancer le spectateur. C’est clair, les « motherfuckers », c’est nous. Invectivés, si pas insultés, à nous de décider: soit se détourner et passer son chemin, soit faire attention. A quoi? A l’œuvre en question évidemment, mais surtout au fait que celle-ci nous concerne directement, nous, spectateurs, et que nous sommes plus qu’invités à ne pas nous dérober. Ensuite ? Nous en discuterons lors de notre séminaire.

 

Bruce Nauman est né en 1941 dans l’Indiana. Il a fait des études de mathématiques, de physique, d’art, de musique et de philosophie. Il obtient sa première exposition en 1966 et sa première rétrospective en 1972 au Whitney Museum of American Art à New York. Depuis lors, sa carrière n’arrête pas. Ses oeuvres se retrouvent régulièrement partout dans le monde: 5 Documenta, 6 Biennales de Venise, dont 2 où il emporte le Lion d’Or, en 1999 et 2009. A 82 ans il vit et travaille toujours.

Lors de cette soirée nous découvrirons ensemble quelques facettes de cet artiste protéiforme : vidéos, installations visuelles et sonores, œuvres graphiques, photos, néons, sculptures,… Peu importe le médium, pour lui, c’est l’efficacité qui compte : « je pense que la chose la plus difficile est de présenter une idée de la manière la plus directe ». Il a en tête « un art ne ressemblant pas tout à fait à de l’art. Que l’on ne remarquerait pas jusqu’à ce qu’on lui prête attention, et qui, une fois lu, obligerait à y penser. »

Le 24 octobre : 1ère séance

Sometimes making something leads to nothing

Francis Alÿs, actuellement au Wiels, fera l’objet de notre première soirée du séminaire. Il est belge, il vit à Mexico, il a représenté la Belgique à la dernière biennale de Venise et il est un artiste formidablement inventif.

 Lors de cette soirée, nous nous attacherons à entrer dans le monde décalé que nous présente Francis Alÿs dans ses performances, ses vidéos, ses jeux d’enfants, ses œuvres graphiques.

De façon voilée et allusive, Francis Alÿs se promène dans les différents pays qu’il traverse. Comme si de rien n’était, il nous rend sensibles dans chacune de ses vidéos à quelque chose qui n’est jamais loin d’une question, d’un point de vue latéral sur le politique, voire d’une impasse. Il le fait avec une énergie stimulante, il nous fait rire, sourire, rêver parfois, mais derrière ce rêve, derrière cette belle humeur apparente, il nous montre ce qui échappe à l’œil dans un premier temps.  Il ne renonce à rien de ce qui fait la trame réelle, hors sens, opaque de ce qu’il met en oeuvre.

Sous le mode d’une conversation, nous vous invitons à découvrir le monde poétiquement politique ou politiquement poétique de Francis Alÿs.

Et pour cette première soirée, nous aurons le plaisir de converser avec deux invités qui connaissent fort bien le travail de l’artiste : 

  • Dirk Snauwaert, le directeur du Wiels et le commissaire de l’exposition actuelle consacrée à Francis Alÿs
  • Julien Devaux est un proche collaborateur de l’artiste. Il a co-réalisé de nombreuses vidéos et il  a produit un film documentaire sur Francis Alÿs.

Argument

Cette année encore, nous nous intéresserons à des œuvres et à des artistes qui nous semblent serrer au plus près le réel aux limites du langage, horizon de toute cure analytique. Nous affinerons notre approche de cette vérité singulière qu’offre le dire de l’art : cet « hyperverbal », ce « verbal à la seconde puissance » comme Lacan a pu le qualifier dans L’insu que sait de l’Une-bévue s’aile à mourre [1].

Pour ce faire, nous partirons de ce qui nous affecte. Du corps, donc. Et des questions, nombreuses, qui le traversent.

Attentifs à ce qui nous regarde quand nous regardons, nous chercherons à saisir en quoi une œuvre peut nous impliquer, faire événement pour nous, comment elle nous parle. Nous nous demanderons aussi si l’artiste pourrait s’approcher de cette figure du pouâte que Lacan appelle de ses vœux à la fin de son enseignement.

Nous expérimenterons, sans autre garantie que l’appui sur notre symptôme, comment l’art nous pousse à la parole, à lire, à interpréter ce qui se présente à nous sous forme d’énigme.

Suivant l’actualité artistique, nos interventions prendront forme de témoignages des effets d’une rencontre singulière, soutenus par un dialogue avec des artistes, des critiques, des analystes.

 Lacan J., Le Séminaire, livre XXIV, « L’insu que sait de l’Une-bévue s’aile à mourre », leçon du 28 janvier 1977, inédit.