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Cours

Antenne clinique de Mons

Cours : "Délires ordinaires et extraordinaires"

7 mercredis sur l'année académique, 19h-21h

Notre étude nous conduira des délires extraordinaires vers les délires ordinaires, autrement dit du pathologique de la clinique psychiatrique classique à la dépathologisation en cours au XXIè siècle. Dans les années 70’ Lacan fait tomber l’idéal d’une prétendue normalité en déclarant que « tout le monde est fou ».

Il s’appuie sur Freud en notant qu’« il a considéré que rien n’est que rêve, et que [...] tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant.» []

Avec cette formule en point de mire nous mettrons à l’étude la fonction de ce qu’on appelle délire.

Les grands récits qui ont porté les civilisations au cours des âges avaient pour fonction de séparer les êtres de langage que nous sommes du réel de l’existence et du coup nous en protéger. C’est ce qui a conduit Freud à mettre en valeur l’Œdipe comme le grand récit universel qui fonde la réalité comme telle – en tout cas celle du monde paternaliste. La famille œdipienne se confondait avec la famille normale, référée à la norme mâle. Celui qui ne s’inscrivait pas dans cette logique était considéré comme délirant, ayant perdu le rapport avec ladite réalité. C’est la conception du délire au sens classique par lequel, dit Freud, « le nouveau monde extérieur fantasmatique de la psychose veut se mettre à la place de la réalité extérieure. »[]

Cette réalité extérieure n’est plus constituée aujourd’hui par la référence familialiste, ce qui conduit chacun à devoir trouver son nouage singulier, son bricolage pour se tenir dans l’existence — constituant autant de délires ordinaires. C’est ainsi qu’on peut dire avec Lacan que tout le monde délire. Nous mettrons à l’étude ces constructions fictionnelles rencontrées dans la clinique pour saisir leur opérativité en chaque cas.

[] Lacan J., « Journal d’Ornicar ? — Lacan pour Vincennes ! », Ornicar ?, n°17/18, printemps 1979, p. 278.

[] Freud S., « La perte de la réalité dans la névrose et dans la psychose », Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973, p. 303.