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Atelier de lecture 2026-2027

"Les propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine" et les leçons XII, XIII et XIX du Séminaire L'Objet de la psychanalyse

Argument

« de tout temps les hommes se sont creusé la tête sur l’énigme de la féminité » [1]

L’atelier de lecture portera cette année sur « Les propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine » et les leçons XII, XVIII et XIX du Séminaire L’Objet de la psychanalyse dans lesquelles Lacan revient sur son écrit ou aborde les mêmes thématiques.

Jacques Lacan écrit son texte « Les propos directifs » en 1958 comme une forme d’appel au travail étant donné qu’il reproche aux post-freudiens de n’avoir en aucun cas entrouvert le chantier laissé par Freud s’agissant de la sexualité féminine, et même plutôt d’avoir laissé le continent tout aussi noir, voire même de l’avoir obscurci par leurs « méconnaissances et préjugés »[2] Il est vrai que Freud n’a pu répondre à la question qu’il se posait : Que veut une femme ? Il a fallu attendre Lacan qui, pour aborder la féminité, s’est avancé sur le terrain de la jouissance féminine. Il la situe « entre une pure absence et une pure sensibilité »[3], donc une jouissance éprouvée mais non sue ou non symbolisée en ajoutant qu’une part de celle-ci « reste enveloppée dans sa propre contiguïté »[4]. Ces formules trouveront à s’éclairer dans l’atelier de lecture qui explorera la spécificité de l’abord lacanien de la sexualité féminine. Nous y découvrirons les voies et les perspectives qu’ouvre ce texte majeur sans pour autant se précipiter vers les avancées ultérieures comme celle du Séminaire XX, tout en décelant ce qui déjà s’y prépare.

Loin de réduire le structuration de la féminité à l’idée fixe du penisneid, ou de la rabattre sur des théories anatomiques, nous tenterons, comme le propose Lacan, de sortir des impasses de l’imaginaire et de « la lyre du développement »[5] qui ont bouché toute production épistémique qui vaille, pour se pencher sur «les voies de la libido décernées à la femme »[6].

Sur cette voie, nous tomberons sur le primat du phallus dans l’inconscient qu’il y a lieu de distinguer du phallocentrisme, terme par lequel les opposants à la psychanalyse réduisent la doctrine freudienne et lacanienne pour mieux la critiquer. Malgré ce primat valable tant pour l’homme que pour la femme, il conviendra « d’interroger si la médiation phallique draine tout ce qui peut se manifester de pulsionnel chez la femme. »[7]

Ce qui nous conduira immanquablement sur le terrain de la jouissance sexuelle, laquelle ne recouvre pas la jouissance féminine comme en témoigne ladite frigidité à laquelle Lacan consacre tout un chapitre. Il reviendra d’ailleurs dans le Séminaire L’Objet de la psychanalyse sur l’orgasme, pour y « jeter un petit doute sur les modalités de la jouissance dans la conjonction sexuelle »[8]. Depuis la question de la frigidité, Lacan va dégager une série de points nous permettant d’approcher cette part d’étrangeté chez la femme qui échappe à la dialectique phallocentrique. Afin d’avancer avec rigueur, nous reprendrons ces points en interrogeant les propos directifs de ce texte les plus souvent cités mais aussi parfois les plus opaques s’agissant de la sexualité féminine.

Notre trajet passera par différentes étapes qui seront autant d’occasions de questionner Freud, quelques post-freudiens, tels Ernest Jones et la grande psychanalyste Joan Riviere, ou encore ce que l’on pensait avoir déjà compris quant à la féminité. 

Pour ce faire, nous reviendrons sur la forme érotomaniaque de l’amour au féminin, la place que l’homme peut occuper pour qu’elle puisse devenir « cet Autre pour elle-même »[9], nous étudierons la fameuse mascarade féminine que Lacan élève au rang de concept, nous nous arrêterons sur le soi-disant goût pour la souffrance et la douleur chez la femme, que Lacan nomme le prétendu masochisme féminin… dont il fait d’ailleurs un fantasme masculin.

Il conviendra également de faire une halte sur les rives de l’homosexualité féminine, d’autant que « dans toutes ses formes, mêmes inconscientes, […] c’est sur la féminité que se porte l’intérêt suprême »[10].

Gageons qu’avec l’étude de ce texte, un des premiers jalons que pose Lacan sur les questions de la sexualité féminine, nous dépasserons  « l’obscurantisme le plus furieux »[11] pour se demander à qui, à quoi rêvent les femmes, que désirent-elles, qu’aiment-elles ou adorent-elles, de quelle nature est leur duplicité, autant de questions sensibles qui ouvriront les portes de l’originalité de la pensée de Lacan concernant la position féminine.

Nathalie Crame


[1] Freud, S., « La féminité », Nouvelles Conférences d’introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1984, p. 151.

[2] Lacan, J., « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 730.

[3] Ibid., p. 735.

[4] Ibid., p. 733.

[5] Ibid., p. 729.

[6] Ibid., p. 726.

[7] Ibid., p. 730.

[8] Lacan J., Le Séminaire, livre XIII, L’Objet de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil & Champ Freudien Éd., 2026, p. 256.

[9] Lacan, J., « Propos sur directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine», op. cit., p. 732.

[10] Ibid., p. 735.

[11] Lacan J., Le Séminaire, livre XIII, L’Objet de la psychanalyse, op. cit., p. 388.