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Epinglage de la conférence d’Anaëlle Lebovits-Quenehen

 

Epinglage de la conférence d’Anaëlle Lebovits-Quenehen du 22 octobre 2022 à Liège

Par Simon Darat et Jen-Philippe Cornet

Ce 22 novembre, Anaëlle Lebovits-Quenehen nous a fait le plaisir de donner une conférence à Liège, à la Cité Miroir, pour préparer les 52èmes journées de l’ECF dont le titre est « Je suis ce que je dis : dénis contemporains de l’inconscient ». Forte d’une énonciation qui a captivé un auditoire nombreux, attentive à s’adresser à tous, elle a développé avec clarté et finesse les termes de sa conférence : « un dico, son déni, leurs effets ».

C’est lors de « Question d’Ecole » que Jacques-Alain Miller procédait à l’extraction du dico, du latin, « je dis » comme « équivalent du cogito au niveau du dire »1. Là où le sujet de Descartes doit penser pour être, celui de la modernité en passe par le dire pour s’auto-affirmer.

Le dico, nous a rappelé Anaëlle Lebovits-Quenehen, est une auto-affirmation du sujet. Il s’agit d’un énoncé performatif autoproduit. Pour le sujet qui l’affirme, le dit du dico a une valeur de certitude d’être. Autoproduit, le dico n’en passe pas par l’Autre qui, dans la dimension performative du discours, donne normalement sa valeur de modification au sujet. Jusqu’à présent, il est encore nécessaire de passer devant le maire pour s’entendre dire : « je vous déclare mari et femme ! ».

Le « je dis » du dico constitue une identité par laquelle la distance entre le « je » et le « moi » est abolie. Il se caractérise par une immédiateté de l’identification et une infatuation du sujet. Le sujet du dico « adhère de tout son être à son identité. Cependant, s’il y croit, il n’est pas transparent à lui-même. L’identité n’est jamais ce qu’elle semble être. L’affirmation « je suis une femme ! », laisse entière la question de l’essence de la femme. Ainsi, l’identité échoue donc à résorber le res extensa cartésien qui est l’éprouvé corporel que Lacan désigne par le parlêtre.

Croire qu’il suffit de dire ce que l’on est pour être ce que l’on dit obture le point structural qu’est le défaut fondamental d’identité du sujet de l’inconscient. Toutefois, cette identité auto-affirmée ne peut évincer la jouissance parasitaire. La jouissance n’est jamais celle qu’il faudrait. Elle est toujours en excès ou en défaut. Dès lors, l’affirmation de soi pousse le sujet à dire ce qu’il est, toujours plus, sans limite et perpétuellement. En témoignent ces nombreux influenceurs sur la toile, toujours prompts à s’exhiber dans leur quête de démonstration sur leur être, censé coïncider avec le discours. 

Avec Anaëlle Lebovits-Quenehen, nous avons redécouvert les « Propos sur la causalité psychique » de Lacan. L’énoncé désormais classique « si un homme qui se croit un roi est fou, un roi qui se croit un roi ne l’est pas moins »2prend de nouvelles couleurs. Pour Lacan, la folie n’est pas une inadaptation à la réalité, mais une modalité de la croyance. Néanmoins, pourquoi les dicos sont-ils si bien reçus à notre époque ? La fonction de l’identité est de réorganiser un monde qui a volé en éclats à la suite d’une effraction de la jouissance dans le corps. Une hypothèse est que nous sommes à une époque caractérisée par la « blessure ». En effet, les gens se sentent continuellement blessés dans leur identité et, pour s’en protéger, se renferment dans des « safe space ».

Les questions qui ont été soulevées lors de cette journée de travail ont permis d’alimenter une discussion des plus riche, signe que le thème des Journées (comme à l’accoutumée) continue de mettre chacun au travail. 


1Miller J.-A., intervention à Questions d’École, 22 janvier 2022. Consultable sur le blog préparatoire des 52e Journées de l’École de la Cause freudienne, disponible sur internet

Lacan J., « Propos sur la causalité psychique », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 170

 

 

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